Cette Bible est bien reliée et agréable à consulter ; toutefois, un problème sérieux surgit dès que l’on considère certaines notes d’introduction, en particulier celles qui précèdent les épîtres de Paul à Timothée. On y voit poindre des réserves quant à l’autorité apostolique de Paul, réserves qui trahissent une tendance critique hasardeuse. De telles prises de position relèvent de l’arbitraire, car même les spécialistes les plus avertis de la langue grecque reconnaissent qu’il est impossible de tirer des conclusions fiables du seul critère stylistique : un auteur écrivant en koinè pouvait adapter son expression à des contextes variés, et son style lui-même était susceptible d’évoluer au fil de sa vie.
De surcroît, il convient de ne pas confondre le style propre d’un écrivain biblique avec celui d’un traducteur — ou, plus encore, avec celui d’une équipe de traducteurs qui, n’ayant ni la maîtrise idiomatique d’un locuteur natif ni la capacité de raisonner spontanément dans la koinè, produisent nécessairement un effet de style qui leur est propre. Attribuer ces différences au prétendu changement de plume d’un auteur inspiré relève donc d’une confusion méthodologique fondamentale.
En réalité, ce genre d’appréciation revient, sous couvert d’arguments linguistiques ou littéraires, à contester purement et simplement l’autorité de l’apôtre Paul. C’est là un indice préoccupant de l’orientation théologique adoptée par les éditeurs de cette édition biblique, orientation qui risque d’égarer le lecteur plutôt que de l’aider.